L’Hôpital militaire de La Tronche

L’Hôpital militaire de La Tronche

Dans le Grenoble du moyen-âge, les soins sont décentralisés et rendus dans différents hospices qui reçoivent les pauvres et indigents. Au XVIe siècle, les hospices sont très abîmés et la ville connaît de nombreuses crises (inondations, épidémie, guerres de religion). Lorsque la paix revient au début du XVIIe siècle, le maréchal Créqui, petit-fils de Lesdiguières, décide la construction d’un Hôpital Général hors de la nouvelle muraille qui encercle la ville. Rapidement, une extension des remparts est décidée et l’hôpital se retrouve coincé dans un bastion, sans place pour se développer et à l’ombre des murs. À la révolution, l’hôpital qui accueille civils et militaires est donné en totalité à l’administration civile. L’armée essaiera de reprendre la partie dédiée à ses soldats sans succès.

Au XIXe siècle, l’hôpital n’a pas connu de réfection majeure depuis sa construction. Il est devenu un véritable refuge de misère. Trop petites, les administrateurs aménagent les combles, mais ces pièces ne sont pas chauffées en hiver. De plus, un canal passe au milieu de la cour et charrie les immondices et déjections de la population du centre-ville… Les conditions d’hygiènes sont déplorables. Des voix se lèvent pour dénoncer l’état du complexe mais la seule réponse apportée et la réfection de la façade…

Deux éléments déclenchent le déménagement de l’hôpital de Grenoble: la destruction des remparts devenus inutiles et les rapports d’experts dénonçant les conditions de vie au sein celui-ci. Un nouveau lieu pour recevoir l’institution est identifié à La Tronche (années 1882-1883). De son coté, la mairie de Grenoble souhaite faire un nouveau quartier bourgeois qui représentera la ville à la place des anciens remparts. L’hôpital est au milieu des plans de ce quartier haussmannien et les élus soutiennent naturellement les administrateurs pour le déplacement du centre de soin de l’autre côté de l’Isère. Cependant tout ne se passera pas comme prévu. En 1894 l’Armée fait savoir qu’elle refuse ce déplacement. Des manoeuvres politiques ont lieu jusqu’en 1902, date ou l’Armée accepte finalement le transfert à la Tronche. En 1905, les militaires font pression auprès du ministre de l’Intérieur et reçoivent la gestion de leur hôpital, qui était aux mains de l’administration civile depuis 1794.

La construction des nouveaux bâtiments à lieu entre 1906 et 1911 et sont inaugurés en même temps que l’hôpital civil en 1913. L’institut se spécialise dans l’accueil de patients atteint de la tuberculose, notamment lors de la 1ère guerre mondiale. Sous l’occupation allemande, l’hôpital tombera aux mains des nazis tout en tentant d’aider la Résistance par l’envoi de matériel médicale et de vivre. À la libération, de nombreux maquisards blessés lors des exactions allemandes d’aout 1944 seront soignés dans ses murs. De 1945 à 1960, l’hôpital connaît des années fastes: le personnel est très qualifié, l’accueil chaleureux… Avec la démobilisation des garnisons de Grenoble, l’hôpital commence à coûter trop cher et il est envisagé de le fermer. Il est sauvé quelques années par les JO d’hiver en 1968, puisque l’organisation de l’événement demande des places libres dans les structures sanitaires de la ville.

En 1982, il devient hôpital Émile Pardé du nom d’un médecin du maquis. Il ferme deux ans plus tard. En 1988, le CRSSA s’installe dans les locaux après deux ans de travaux et de gros investissement pour permettre la recherche sur les risques NRBC (Nucléaire, Radiologique, Biologique, Chimique). Cet institut s’est développé dans le contexte post-guerre froide avec la crainte de l’utilisation d’armes non conventionnelles dans les conflits mondiaux (bombes chimiques et atomiques) et les attaques terroristes (gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1994, lettre à l’anthrax en 2001). Le centre de recherche du service de santé des armées s’est concentré sur diverses missions, les travaux les plus importants étant: La mise à jour des vaccins contre la variole, la guérison des brûlures chimique, la compréhension des réponses du corps face au froid, le test des combinaisons de protection NRBC en environnement chaud. Le CRSSA ferme en 2013, suite à un regroupement des instituts de médecine de l’armée dans un seul centre à Brétigny-sur-Orge-sur-Orge en banlieue parisienne.

Vous pouvez retrouver le rapport de recherche complet ICI