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Auteur : petites mains

La kinesthésie

La kinesthésie

Texte tiré de http://www.corinna-coulmas.eu

Le mouvement est inhérent au toucher. Le toucher se réalise dans le mouvement et le mouvement par le toucher. Quelque chose ou quelqu’un meut quelque chose ou quelqu’un d’autre : la cause du mouvement est un vieux problème philosophique. C’est le mouvement – associé par Aristote au changement, qu’il soit qualitatif, quantitatif ou de lieu – qui ordonne le temps et l’espace. Dieu comme Premier Moteur, le monde comme tactus et fluxus (Lucrèce), le sujet est omniprésent. Identifié à la vie, dont il assure la continuité, et à la conscience, dont il décrit le devenir et le renouvellement permanents, le mouvement est invoqué comme grille d’interprétation aussi bien sur le plan physique que sur le plan psychique et intellectuel.

Ainsi, l’univers est en expansion, l’énergie est mouvement, et nous sommes des êtres en route – en mouvement sur le chemin de la vie, en mouvement dans toutes nos actions corporelles, pour lesquelles le repos n’est qu’une modalité particulière, et dans notre ascension (ou déclin) spirituels. Ce n’est certes pas un hasard si l’on traduit le concept clé de deux traditions aussi éloignées l’une de l’autre que le judaïsme et le taoïsme, à savoir tora et tao, par le même terme de voie. Toute spiritualité a son origine dans cette volonté de ne pas rester sur place, de se mettre en route, de partir pour se départir de ses certitudes.

Par ailleurs, chaque contact est dû à un mouvement, chaque élan vers l’autre, chaque caresse. Sexualité et mouvement sont indissociables. Le toucher est lié ainsi à l’éphémère. C’est ce qui lui confère sa fragile beauté. La performance sportive, la danse nous renseignent sur ces vertus cachées du toucher.

Sens du toucher et somesthésie

Sens du toucher et somesthésie

Texte tiré de http://www.corinna-coulmas.eu/le-toucher.html#_Toc191900467

L’abstraction qui, dans la culture occidentale, a altéré notre relation au corps, ne concerne pas seulement le thème de l’opposition de l’âme et du corps dans le cogito cartésien. Elle est aussi au fondement d’une physiologie et d’une médecine modernes qui prennent le corps comme objet. Il y a une logique qui va du corps machine de Descartes à la greffe d’organes et au clonage. Cette conception du corps a eu d’immenses mérites pour le progrès de la médecine. Elle est en train de montrer ses dangers et ses limites.

Les certitudes exigées par la philosophie cartésienne à la suite du cogito ont en effet orienté le penseur scientifique vers une référence rationnelle au détriment des certitudes « trompeuses » des sens. La méfiance à l’égard du sensoriel a fini par atteindre le subjectif dans son ensemble.
La perception comme objet de recherche est le résultat de cette évolution. La perception décrit l’action de stimuli sur des récepteurs et la réaction de ceux-ci. C’est une démarche scientifique qui met volontairement entre parenthèses tout ce qui, sur le plan psychique,  peut avoir un impact sur nos sens. Dans une telle perspective, le terme somesthésie remplace volontiers celui de sens du toucher, jugé trop imprécis. Si en effet chaque sens possède un organe de référence – la vue a l’oeil, l’ouïe l’oreille, l’odorat le nez, le goût la langue et le palais – il n’en est pas ainsi pour le toucher, qui est partout. Il couvre des sensations variées qui n’ont pas de rapport entre elles. La somesthésie différencie les activités de l’ancien sens du toucher et analyse chacun de ces phénomènes à part. Elle distingue ainsi les sensibilités tactile, thermique et douloureuse, et la kinesthésie, qui provient des articulations et renseigne le sujet sur les positions du corps dans l’espace. La science moderne ajoute à cette distinction traditionnelle un sens électromagnétique, encore mal connu mais partagé par tout le monde animal et humain, et un sens vibratoire. Si je suis restée fidèle à la terminologie consacrée, en me référant au sens du toucher et non à la somesthésie, c’est parce que mon étude se situe dans une perspective historique : son sujet n’est pas la perception, sur laquelle il existe une volumineuse littérature spécialisée, mais quelque chose de bien plus diffus et plus mystérieux. Il est important de comprendre que nous avons vécu avec le concept des cinq sens pendant plus de deux millénaires et qu’il a profondément influencé notre manière de voir notre corps, c’est-à-dire nous dans le monde ou nous en face du monde. Et qui sait, peut-être y a-t-il quelque sagesse à considérer ensemble ce que la science a séparé. Sur le plan scientifique aussi, on a progressivement remplacé, chez les organismes supérieurs, le schéma linéaire stimulus – réaction par des systèmes complexes d’excitation multidimensionnels. La relation qui, au début du processus de l’évolution, se définissait par le couple organisme – milieu est devenue chez l’homme la relation du sujet au monde. Cette relation consiste dans un savoir à la fois connaissant et sensible. Il y a une continuité entre la perception et l’intelligence, et c’est cette continuité qui nous intéresse.
Etudes sur le toucher

Etudes sur le toucher

Toucher et connaissance : l’étrangeté des choses et la dialectique de la surface et de la profondeur

Texte tiré de http://www.corinna-coulmas.eu/le-toucher.html#_Toc191900467

       « Psyché est étendue, mais elle ne le sait pas. » (Freud)
Dans l’expérience tactile primaire du bébé au cours de son corps à corps avec la mère, les ordres de réalités restent confondus. Le nourrisson n’a pas la notion des limites du moi, ni celle du temps ou de l’espace. Ses premières informations lui viennent du toucher, qui introduit la notion de « frontières ». Ici c’est moi, et là, autre chose ; ou quelqu’un d’autre. L’espace naît de cette expérience, et avec lui, la possibilité d’un ordre, d’un équilibre, d’un cosmos. Le temps en naît aussi, il y a alternance entre la présence et l’absence, il y a un mouvement qui provoque une sensation et qui s’arrête. Et il y a des choses et des êtres qui prennent forme à travers le toucher : le monde devient plastique. Le toucher délimite l’espace, différencie le chaos initial, ébauche et plus tard garantit l’existence de l’individu.

L’expérience première qui est décrite ici est double. L’enfant qui touche son corps avec ses mains en même temps que d’autres corps et choses, sent à la fois qu’il est celui qui touche et, de façon complémentaire et contradictoire, celui qui est touché. Le tactile fournit ainsi une perception « externe » et une perception « interne ». La réflexivité inhérente à ce sens servira de modèle à toutes les autres réflexivités sensorielles (s’entendre émettre un son, se voir dans une glace et se regarder faire, humer sa propre odeur). Celles-ci, à leur tour, engendreront la réflexivité de la pensée. C’est un principe fondamental formulé par Freud, mais pressenti depuis bien plus longtemps : tout ce qui est psychique, que ce soit du domaine des sentiments ou de l’esprit, se développe en constante référence à l’expérience corporelle.

Ainsi, les premières découvertes et les premiers échanges, la toute première communication s’effectuent par le toucher, le sens primaire. Ceci vaut aussi, un peu plus tard, pour les premiers interdits et les premiers conflits. Au cours des explorations infantiles viendra inéluctablement le « ne touche pas… » Ne touche pas à ce qui peut te faire du mal. Ne touche pas ce que tu pourrais casser. Ne heurte pas brutalement quelqu’un d’autre. Le toucher est également impliqué dans les premières frustrations dont résultent les premières colères : tendre sa main vers ce que l’oeil voit et ne pas l’obtenir ; tendre les bras vers la mère pour être pris, alors qu’elle en a décidé autrement et laisse le bébé au lit.  L’expérience du désir inassouvi se joue d’abord, la faim mise à part, dans le registre tactile.

Les premières choses auxquelles nous touchons – le sein de la mère, les couvertures du berceau, l’eau du bain – sont douces et chaudes. Toute notre vie, nous gardons une nostalgie secrète de ces deux qualités. D’où le lit comme dernier refuge quand ça va mal. Le dur, le froid, le pointu, le rugueux, le coupant témoignent de l’hostilité des choses et délimitent le familier et l’étranger. L’espace est ainsi partagé en deux portions, le connu et l’inconnu. Nous l’explorons progressivement, en mouvements circulaires qui nous ramènent toujours à notre point de départ : à nous-mêmes, centre de l’expérience. Le toucher est topographique. 

Comme le Moi psychique se constitue en appui sur les expériences corporelles, il n’est pas étonnant que toute notre imagination revête une organisation spatiale. Pour pouvoir penser, nous avons besoin de spatialiser (…)

Ainsi, l’organisation topographique du toucher comme expérience primaire désigne à notre imagination une série d’oppositions que nous appliquons invariablement aux réalités physiques et psychiques. Celles qui nous intéressent plus spécialement ici sont les notions d’extérieur et d’intérieur ; de périphérie et de centre  ; de surface et de profondeur ; et, sur un plan figuratif, d’écorce et de noyau. (…)

 

 

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Selon Confucius, « Une authentique qualité de vie naît de l’harmonie durable entre le corps et l’esprit ».

Parce qu’un massage, un toucher n’est pas un acte anodin, parce que chaque individu à son propre parcours de vie, parce qu’il est possible de se retrouver dans le massage, j’ai tout mis en oeuvre pour donner la possibilité aux personnes d’accéder aux bienfaits du massage.